La première rencontre, payante ou pas ?

Réflexion partagée entre pairs_Lettre d’information interne de la SFCoach, mai 2013.

« Vous êtes la seule coache à faire cela » me dit un jour une DRH résistante au règlement d’une facture de séance préliminaire, malgré un devis explicite relu avec attention et signé de sa main.  « Nous ne pouvons pas payer systématiquement tous les coachs qui rencontrent nos collaborateurs et qui ne sont pas retenus. ». Mais peut-on systématiquement consulter des coachs pour des entretiens préliminaires sans les payer quand ils ne sont pas retenus ? J’avais bien conscience que le paiement de la séance préliminaire n’allait pas de soi.

Une intime conviction. La décision de poser comme cadre le règlement des séances préliminaires est née de l’absence de cadre initial à cet endroit. La culture de l’écoute, le naturel empathique pour l’un, le besoin de s’exprimer pour l’autre, conduisaient à l’évidence à ce que les séances préliminaires prennent figure de véritables espaces de travail allant bien au-delà de l’information sur une pratique ou de la définition d’un cadre de travail. Le non-paiement de ce temps de travail me renvoyait à la perception d’un déséquilibre. Nous étions dépositaire des difficultés de l’autre sans contrepartie, sauf à influencer sa décision de poursuivre avec nous le travail initié. Fallait-il séduire l’autre pour s’y retrouver ? Fallait-il l’aliéner en quelque sorte afin qu’il continue ? Etait-il possible de se quitter sans contre-don alors que nous étions porteur de l’intime de l’autre ? Il s’agissait d’être quittes, réciproquement. La décision fut prise de demander le paiement des séances préliminaires.

La première rencontre va déterminer le fait d’être ou non choisi pour accompagner la personne rencontrée. C’est aussi le temps du choix du coach. Acceptera-t-il d’accompagner la personne rencontrée ? Ce temps est empreint d’une dimension commerciale et affective que nous ne pouvons ignorer.  Notre situation du moment nous rendra plus ou moins désireux de nous rendre désirable. Tout tiers qu’il entend être, le coach n’échappe pas au désir d’être choisi, reconnu, élu, plutôt qu’un autre, quelle que soit sa capacité à faire avec le choix d’un autre. Et la séduction de se glisser là et de nous entraîner vers l’influence, consciente et inconsciente.

Séance tenante, séance payante. Quand nous savons que notre intervention est financée, il est plus facile de dire à la personne qu’elle peut faire le choix d’en rester là et que cela est prévu dans le cadre qui nous lie à l’entreprise. Ne lui donnons-nous pas ainsi la force d’un choix qui va au-delà de la seule affinité créée lors de la première rencontre ? L’autre peut choisir en paix celui ou celle qui l’accompagnera. Nous avons « fait le job », nous avons été payés pour cela. D’un côté comme de l’autre, le paiement donne la force de dire non. Nous sommes quittes. L’échange est la garantie d’un « commerce équitable », et d’un équilibre préservé pour la suite des relations avec l’entreprise.

La raison économique est une raison qui se comprend. Pourquoi payer une prestation où le jeu de la concurrence facilite la mise à disposition d’une offre nombreuse ? Le choix du coach ne doit pas être une réponse à une mise en concurrence. Le coach s’est déjà prêté à une autre forme de sélection, avec des prérequis, celle du référencement, pour ce qui est des grandes entreprises. Celui-ci permet à l’entreprise de pouvoir compter sur un ensemble de coachs professionnels et de proposer à ses collaborateurs, le choix d’un coach « qui leur aille bien ».

Le porte-voix de l’entreprise n’est pas en position facile. Le secret nous interdisant de raconter ce qui s’est passé en séance, nous comprenons combien il est difficile pour les représentants de l’entreprise de « payer sans voir », sans oublier que les DRH n’échappent pas à leurs propres limites. Le contrat qui nous lie à l’entreprise, nous lie à ses représentants.  Nous pouvons être « choisi, préféré » par la DRH, et pas par le coaché. Il est parfois bien difficile de payer et de s’entendre dire que le réel n’est pas corrélé à ce que nous avions imaginé, tout comme le paiement ne préserve en rien de la déception de n’être choisi.

La situation questionne la posture du coach dans son lien au système et à son représentant. Cela renvoie à la position d’équilibriste du tiers intervenant. Notre idéal nous tire et nous encourage à une réflexion sur nos pratiques. La confrontation des points de vue et les résistances ont la vertu de nous pousser à la réflexion et à la prise de position.

Pascale Répécaud.